Réflexions par thèmes

  Voici pour commencer un premier thème, en attendant d'autres très variés.

    1 – AU STADE


Je n’étais jamais allée dans un stade vivant assister à un match de foot important. C’est un spectacle ! Qui commence dans la rue, des stands de nourriture, de boissons, de produits de l’Olympique Lyonnais…une foule qui se dirige vers les portes d’entrée comme à un concert de Johnny Halliday, des hommes, des femmes, plutôt jeunes. Palpation corporelle, vérification des sacs, c’est sérieux, pas d’incident. Qui se continue dans les tribunes, impressionnée par la taille de ces dernières, quoique totalement inappropriées aujourd’hui : le grand stade de Lyon sera bienvenu. Et pour finir sur la pelouse impeccable faite de bandes d’un vert tendre alternant régulièrement avec d’autres d’un vert plus vif.
Je suis bien placée dans la tribune sud-ouest, dans le premier tiers, juste au-dessus du but de Lloris pendant la première période dont on espère ne pas trop voir trembler le filet mais l’essentiel du jeu se passera plutôt à gauche. Sous mes yeux, j’observerai tout au long du match le ballet incessant du cadreur qui, harnaché d’un matériel imposant, caméra, écran, clavier reposant sur sa taille par un baudrier, va se déplacer le long du terrain en suivant les joueurs comme s’il dansait le paso doble, tandis qu’un collègue déroule et enroule le fil à ses côtés.
Les Bad Gones dans les tribunes nord à gauche m’impressionnent tout au long du match, chants en chœur, mouvements des bras en chœur, sauts en chœur…à certains moments, toute la tribune semble onduler comme un champ de blé sous le vent tandis que les voix montent en intensité. Je repère le chef d’orchestre juché sur un piédestal qui pendant presque deux heures, soit face aux tribunes, soit face à la pelouse, donne le coup d’envoi aux hymnes, tous différents, aux gestes, tandis que de grands drapeaux sont agités en permanence.
Olympique Lyonnais contre Rubin-Kazan ! Une pensée particulière pour la Russie où j’étais un mois plus tôt, à quatre cents kilomètres à l’ouest de Kazan, guère plus, sur cette « mère Volga ainsi nommée et vénérée par les Russes. Kazan : un million trois cent mille habitants, des allures de capitale orientale avec un superbe Kremlin où se côtoient une cathédrale et une mosquée, signe du multiculturalisme d’une bonne partie de la Russie. Province autonome du Tatarstan qui a bien eu envie de prendre son indépendance à la chute de l’URSS en 1991 mais Moscou n’a pas laissé faire, où la langue parlée en complément du russe, le tatar s’apparente au turc et où le pétrole règne en maître absolu, ne garantissant toutefois pas un niveau élevé à tout le monde, ni des routes en bon état, excepté la toute nouvelle transsibérienne, première autoroute à relier Moscou à Vladivostok. Kazan qui fait penser à Elia le cinéaste américain célèbre pour « Un tramway nommé désir »…
Les joueurs russes sont en vert. Les joueurs de l’OL en prune et blanc. Pourvu qu’ils en mettent plusieurs des prunes, et si possible vite mais avant que tout le monde ait pris conscience que le match était bien commencé, ce sont les Russes qui en mettent une sur un coup de pied arrêté. Un énorme soupir de déception enfle dans le public et laisse place à la peur que ces Russes soient plus forts qu’on ne pense et qu’ils en mettent d’autres, sachant que les buts extérieurs comptent double, ça peut faire mal. Certains mâchent leur chewing-gum avec nervosité.
Il fait une belle soirée d’été. A onze heures, il fait encore chaud. Cette chaleur me fait penser à un autre spectacle dans les arènes de Vérone. Il y a quelques similitudes entre les chœurs de Nabucco et ceux de l’OL. Je ne sais pas où ils s’entraînent mais c’est très bien orchestré et le résultat est impressionnant. Par contraste avec le vacarme des tribunes, je suis surprise du relatif silence du jeu. Je n’ai pas entendu le coup sifflet d’envoi. Je n’entends pas les coups de pied dans le ballon. C’est en me forçant à écouter que j’ai entendu quelques sifflets d’arbitre.
Par contre des sifflets dans le public, j’en ai entendu quelques-uns en direction de l’équipe adverse sur les corners, pas très fair play. Heureusement, après les buts de l’OL, ça s’est calmé. Oui, je rêve à un certain moment que les joueurs aient un petit micro sous leurs chaussures pour que ça résonne dans le stade, poum !, surtout pour les trois buts que l’OL a mis dans les filets. Des belles pralines qui ont ravi les spectateurs. Ça va assez vite, un but est si vite arrivé. Et d’un bout du stade à l’autre, dans un sens, dans un autre…quelques applaudissements sur une belle passe, des exhortations : « de l’autre côté ! ». Heureusement, les Russes s’en sont tenus à leur éclat du début, malgré quelques petits cadeaux qu’ils n’auraient pas dû recevoir.
Au premier but de l’OL, le stade s’est levé comme un seul homme et une immense clameur s’est élevée dans les airs : 35500 spectateurs ce soir-là ! Le stade n’est pas tout à fait plein mais presque. Qu’est-ce que ce sera dans le nouveau stade avec 60000 spectateurs ! Les joueurs doivent se sentir soulevés par cet enthousiasme. Il vaut mieux avoir le public avec soi. Ce sera le cas à chaque but, les gens se lèvent comme des ressorts et crient leur joie. A chaque action prometteuse aussi, suivie d’un long soupir de déception ou d’une explosion encore plus forte qui rivalise avec la précédente. Plus la tension a été intense, plus la peur du but encaissé ou du but raté a été présente, plus la détente est vive. J’observe cela et emportée par l’élan général, j’y participe aussi.
A la fin de la première période, le score est à 2 à 1 en faveur de Lyon. La tension est légèrement retombée mais on en voudrait bien un peu plus. Une dizaine d’hommes viennent avec des râteaux recoudre la pelouse là où elle a été arrachée, des joueurs s’entraînent à tirer des buts, d’autres s’échauffent en bordure. La deuxième période commence rapidement dès le retour des joueurs. Les supporters de la tribune nord et ceux de la tribune sud se mettent à chanter en alternance, un refrain, les uns, un refrain les autres. Décidément, cela m’intéresse autant que le foot. Je suis admirative de cette voix collective et de cet enthousiasme. Ils le veulent le petit troisième et même un quatrième et ils vont le chercher au fond de leur gosier.
Les Russes ont réveillé leur défense. Le petit troisième arrivera mais non sans peine à l’heure de jeu. Celui-là, il fait vraiment du bien à tout le monde. Les joueurs sont récompensés par les acclamations et applaudissements nourris du public. A tout cœur. Mais comme les enfants qui réclament un autre bonbon, le public attend le suivant, celui qui les mettra vraiment à l’abri pour aller tranquilles à Kazan. Un but nommé désir…Le public le voyait déjà ce quatrième et il s’est passé sous nos yeux cette fois. Trois joueurs de l’OL devant le but russe, c’était presque fait, il n’y avait qu’à pousser. Mais c’était sans compter l’agilité d’un défenseur russe venu sauver son camp in extremis. Il ne reste plus tellement de temps pour construire une autre occasion si belle. Et en effet le match s’arrête. Sans que j’entende le coup de sifflet final. Ah c’est déjà fini ?
Le score est satisfaisant. Tout le monde aurait espéré un quatrième mais trois ce n’est pas mal. Une partie du public semble fuir les tribunes, pour éviter l’embouteillage de départ sans doute. Mais c’est un peu dommage. J’aurais bien vu que, comme dans les spectacles musicaux, le public se lève et applaudisse en rythme jusqu’à un quart d’heure parfois regardant de travers ceux qui s’échappent. J’aurais bien vu que les joueurs s’éclipsent et reviennent à chaque rappel, qu’ils fassent un tour du stade en agitant des drapeaux et en lançant leurs maillots dans les tribunes. Au lieu de cela, quelques joueurs seulement ont applaudi le public pour son soutien exceptionnel, se sont inclinés devant les Bad Gones si efficaces avant de rentrer aux vestiaires.
Dehors, il fait toujours aussi chaud. Et tout le monde commence à rêver à Kazan.

Mariji Cornaton
16 août 2011