Écriture

La grande mognoterie :
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mes textes 2011-2012

Au fil de l'écriture :
Textes 2010-2011
Textes 2009-2010


Récits de voyages
(en cours d'élaboration)

Réflexions par thème

" Le public serait effaré s'il savait dans quelle marmite de sorcière a bouilli une oeuvre littéraire avant de lui être présentée "

Henry de Montherlant


Je me mis à réfléchir tout haut. C'est une méthode que je recommande. Je l'utilise souvent. Les pensées qui restent emprisonnées dans le cerveau manquent d'air. Celles qu'on fait passer dans la bouche et jette dans l'air respirent mieux, forcément, et gagnent en clarté.

Erik Orsenna (Les Chevaliers du Subjonctif)




L’écriture vient aux personnes qui n’aiment pas parler. J’ai toujours beaucoup écrit. Je n’ai jamais tenu de journal intime mais j’ai écrit beaucoup de lettres. Adolescente je parlais peu ; lorsque j’avais quelque chose à dire, je l’écrivais.

En écrivant ma thèse de psychologie, j’ai découvert le poids et l’engagement de l’écriture au long cours, les longs tête-à-tête avec l’ordinateur, la gestion de grands textes…Après avoir mis le point final, je me suis dit que cette discipline et cette rigueur pouvaient peut-être se transposer à d’autres types d’écriture.…

C’est là que je me suis dit que j’essaierais d’écrire un roman. Il fallait oser ! Oser faire confiance à ce que j’avais en moi, sans me demander si c’était bon ou mauvais. Oser penser faire autre chose que des choses très sérieuses. Oser l’imagination et la sensibilité, en rupture totale avec ma personnalité.


Fragment de texte :

BILLEVESEES

J’étais un garçon manqué. Mes jeux n’étaient pas féminins. Je jouais aux petites voitures et aux billes. Très tôt, j’ai eu un partenaire qui était une fille manquée. Ses jeux n’étaient pas masculins. Mais comme il fallait trouver un compromis, nous jouions à tour de rôle aux jeux dits féminins et à ceux dits masculins.

Parmi ces derniers, notre préférence allait aux billes, jeu qui se déroulait dehors lorsqu’il faisait beau. En effet, le souvenir que j’en ai est lié aux impressions printanières imprimées dans ma mémoire, jour dépassant largement la sortie de l’école, douceur de la température permettant de rester à l’extérieur bras nus, fragrance des jacinthes sauvages ou des lilas, activité des parents de Maurice, mon partenaire, qui couvaient nos jeux de leurs « billes » réjouies sur un sourire protecteur et bienveillant.

Je n’irais pas jusqu’à dire que Maurice avait une bille de clown mais il arborait la même mine réjouie que ses parents et le même optimisme simple qui en faisait un partenaire facile. La seule fois où une bisbille est intervenue entre nous, c’est au sujet du nombre de nos réserves. Suite à un accès de mégalomanie ou à un embryon d’ascendant masculin, il m’a soutenu qu’il en avait des billions cachés dans son grenier ; je ne pouvais pas vérifier, mon exploration de sa maison s’étant arrêtée au fenil et au paillis et…au duvet naissant de son pubis ! Ne sachant pas compter au-delà du milliard, ce qui me paraissait pour des billes un chiffre assez conséquent, j’ai argué que les billions étaient une de ses billevesées mais face à son obstination, j’ai pour la première fois fait preuve de mes qualités féminines en esquivant le choc frontal bille à bille et en remettant la vérification à plus tard.

Je vouais un amour presque charnel aux agates pour les nuances de couleurs qui miroitaient dans le verre translucide et pour la valeur qui leur était attachée : une agate valait dix billes en terre. Point besoin de stylo à bille ni de billet pour faire nos comptes, tout était dans la tête. Et nous rivalisions de dextérité entre pouce et index pour impulser à nos billes une énergie cinétique et un lift étudiés pour percuter celles que nous voulions mettre dans notre escarcelle.

Mais toutes n’atteignaient pas leur cible. Chargées d’une impulsion tourbillonnante, certaines allaient s’égarer dans les fleurs ou sous les billes de bois ; à plat ventre, nous conjuguions nos efforts juvéniles pour les déloger. D’autres partaient comme des boulets chasser à la billebaude au-delà des limites du potager où il fallait s’aventurer sur la pointe des pieds pour ne pas fâcher les parents qui venaient de semer des petites pommes de terre grosses comme des gobilles.

C’est la nuit qui nous chassait de la cour nous obligeant à nous quitter avec tristesse et à repenser au supplice qui nous attendait le lendemain, deux fois trois heures à rester immobiles à nos pupitres semblables à des billots. Heureusement, ma maison était sur le chemin de l’école. Maurice toquait aux volets et nous effectuions le chemin ensemble en bavardant et en projetant notre prochaine partie de billes, chez lui ou chez moi mais jamais avec d’autres. Nous étions très jaloux de notre duo, malheureusement interrompu peu après par nos mères inquiètes d’une telle complicité précoce, craignant que nous ne prenions la gambille avant l’heure.

Clin d’œil du hasard : Maurice a épousé une jeune fille qui s’appelait Billard !

Au fil de l’écriture : Mariji Cornaton, mars 2010

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